La réforme Lang sur l'éducation

Depuis le mouvement social qui a agité la France en 1995, le gouvernement poursuit sa politique de privatisation de l'éducation en douceur. La douceur consiste à faire passer petit à petit ce qui avait déclenché la mobilisation populaire au sujet des réformes Juppé. Mais si tout passe par décrets, lois, arrêtés, amendements plutôt discrets, la logique de libéralisation de l'enseignement supérieur reste la même. La réforme Lang s'inscrit dans la lignée des réformes précédentes

Plan U3M : élaboré en 1999, ce plan vise à mettre en concurrence les universités entre elles en fonction de leurs résultats : les financements vont à celles réussissant le mieux. Cela veut dire qu'un écart se creuse entre des facs d'élites bourgeoises et des facs poubelles, privées du budget qui aurait pu leur permettre de rehausser leur niveau. Les régions en France n'ayant pas toutes les mêmes moyens, cela signifie : à région pauvre, fac pauvre ( heureux les nantis … ).

Système 3/5/8 : ce système a été instauré par Allègre et commence à rentrer en vigueur. Il divise le cursus universitaire en 3 grades : licence ( bac +3 ), master ( bac +5 ) et doctorat ( bac +8 ). Le DEUG et la maîtrise deviennent des années intermédiaires n'ayant pas le statut de grade universitaire. Le DEA et le DESS sont remis en cause. Les étudiants devront attendre au moins 3 ans pour atteindre le premier niveau de qualification. Actuellement, 40% des étudiants n'obtiennent pas le DEUG, même après 3 ou 4 années d'études. peu franchiront le cap du premier diplôme avec ce système, qui, s'il ne profitera pas aux étudiants, profitera aux entreprises en leur fournissant des stagiaires.

ECTS ( European Credits Transferts Sytem ): notre ministre de l'éducation, Jack Lang, propose un nouveau système de notation. Il devait rentrer en vigueur dès la rentrée 2001, mais a finalement été reporté ( pour éviter un mouvement social pendant les élections ? ). Officiellement, ce système de notation est censé servir à nous aligner aux autres pays européens pour favoriser la mobilité estudiantine. Mais à quoi nous aligne-t-il dans les faits si ce n'est au modèle libéral ?

Son projet de réforme renforce le plan U3M et le système des 3/5/8.
Les diplômes ne valideraient plus l'assimilation des connaissances par examen. Ils seraient découpés en semestres valant un certain nombre de points capitalisables. La licence vaudrait 180 pts (cumul de 6 semestres valant 30 pts chacun ) et le master, 300 pts.
Les filières seraient réduites à une dizaine ( disparition progressive des UFR ). On pourrait choisir de faire un semestre dans une des grandes disciplines ou un stage en entreprise pour acquérir les 30 pts d'un semestre.
Les entreprises financeraient les universités. Des diplômes professionnalisant ( dans le lignée des licences professionnelles déjà existantes ) seraient mis en place. Les filières, pour être compétitives, se regrouperaient par régions selon le bassin d'emploi spécifique de chacune : les diplômes n'auraient plus de caractère national, mais régional, selon la demande spécifique des entreprises locales.

De bien jolis mots …

Autonomie : l'Etat se désinvestit et les facs se gèrent elles-mêmes. Autrement dit, les facs tombent aux mains des entreprises pour être financées : des accords sont passés avec les entreprises qui dictent leur programme selon les besoins locaux. Les facs suivent les lois du marché et rentrent en concurrence. L'Etat favorise cela en allouant aux universités un budget selon leurs résultats.

Bourse de mobilité: Lang veut accroître la mobilité des étudiants. C'est du moins par cet argument qu'il essaie de faire passer sa réforme portant sur la notation, les ECTS. Il annonce, sublime de générosité, 4000 étudiants partant à l'étranger. Cela laisse rêveur quand on sait qu'il y a en France 2,2 millions d'étudiants dont 40% vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ne parlons pas des 13500 postes d'enseignants et des 5440 postes de IATOSS manquants, de la généralisation des emplois précaires ( les CES, sont mal payés et n'ont pas le droit de grève)

à la fac, on pourrait suspecter l'Etat de se désinvestir de l'enseignement supérieur.
 

Pluridisciplinarité : Lang compte réduire les filières à une dizaine. Le regroupement des filières permet de faire des diplômes adaptés aux entreprises locales. Cela remet en cause :

- la cohérence d'un enseignement et la connaissance précise d'un domaine particulier.
- l'avenir des filières non-rentables, comme l'histoire, la philosophie, la sociologie (les entreprises n'y trouvent aucun intérêt à court terme ).

Pôle d'excellence : les filières les plus prestigieuses se regroupent dans pôles d'excellence telle future ZAC Paris Rive Gauche. Cela accentuera encore plus le décalage déjà important entre certaines facs ( 23% de réussite au DEUG à Paris 8 contre 80% à Paris 9 ). Sélection géographique, concurrence des université entre elles et élitisme : ingrédients à la mode du libéralisme.

Semestrialisation : elle a été institué par Bayrou en 97 pour s'aligner au modèle anglo-saxon (auquel nous n'avons rien à envier ). Grâce à elle, les profs et les matières changent d'un semestre à l'autre. On n'a pas le temps de se connaître et d'envisager un travail à long terme. Il faut se dépêcher. Rentabilité, que diable ! En théorie, la semestrialisation permet aussi de casser les mouvements revendicatifs : à peine finit une session d'examens, il faut envisager l'autre. Dans cette logique, la session de rattrapage est déplacée dans bien des facs de septembre à juin. Pourtant les 2 mois d'été n'étaient pas de trop pour donner à certains une chance d'avoir leur année ( comme les étudiants travailleurs ).

Stages: c'est bien de s'ouvrir au monde du travail. On dit toujours que la fac, c'est pas assez concret. La réforme Lang préconise fortement les stages en entreprises, comme ça les étudiants serviront aux entreprises de main d'œuvre gratuite - ou sous payée - et corvéable à merci (quand on est noté par l'employeur pour obtenir son semestre … ). Les entreprises financeront en grande part l'enseignement supérieur, ce qui permettra à l'Etat de faire des économies. Les anciens étudiants travailleurs n'existeront plus et seront juste des travailleurs à vie : comment financer ses études quand on est pris toute la semaine par des stages non rémunérés ?

… pour une réalité sinistre !

puisque personne n’étudie à ta place, que personne ne décide à ta place !!!