PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES
Le
11 septembre, le monde s'est presque arrêté de tourner. Depuis
l’attentat contre le World Trade Center, le monde aurait changé
: nous serions en "guerre" et, "tous" devenus "américains". Outre
le fait que l'on puisse (comme dans n'importe quel conflit) regretter les
morts de civils, dans ce cas les passagers des avions et les personnes
qui travaillaient dans les deux tours new-yorkaises, une formidable
chape de plomb, merveilleusement orchestrée et médiatisée,
s'est abattue sur nos sociétés.
En était-il autrement avant le 11 septembre ? Le fait que les Etats-Unis soient directement touchés changent-ils les choses ? Le peuple américain, avant de se lancer dans un soutien inconditionnel à une politique de vengeance, devrait demander des comptes à ses propres responsables. L'attaque dont ils (les civils) ont été les victimes est aussi le résultat d'un demi-siècle d'impérialisme arrogant, tant militaire qu'économique. N’oublions pas que Ben Laden et les talibans ont été soutenus par la CIA, et que le premier peuple a en souffrir est le peuple afghan (guerre, ordre moral, et aujourd’hui famine). Les disparités économiques engendrées par le capitalisme, dont le cœur et le cerveau sont notamment à Wall Street, ont contribué à engendrer des régimes d'intégristes religieux ou de nationalistes. Le terrorisme d'Etat dont ont fait preuve les USA et la plupart des Etats de la planète n'est que trop souvent mis aux oubliettes. Du bombardement quasi quotidien de l'Irak aux incursions de l'armée israëlienne, des multiples répressions policières contre ceux qui remettent en cause le système en place à l'asservissement des pays les plus pauvres. Partout la force et la violence restent du côté du capital.
Alors oui, le monde est en guerre. Non pas depuis le 11 septembre. Mais depuis le triomphe du capitalisme dont l'essence est d'enrichir une minorité au dépend d'une majorité. Depuis que les tyrans occidentaux s'engraissent sur le dos du Sud toujours perçu comme un réservoir de matières premières et de main-d'œuvre, corvéable selon la volonté des actionnaires et du marché. À modeler le monde, l'Etat américains et ceux qui les suivent sagement depuis des décennies, ont pris en pleine face les barbaries qu'ils ont créées. Alors oui, le monde est en guerre. Une guerre de classe qui ne se reconnaît ni dans ces avions fous, ni dans une intervention militaire US.
Surtout que la guerre préparée par Bush avec son monde bi-polaire, c'est l'Union sacrée, garante de la paix sociale intérieure, la productivité accrue, on laisse de côté les problèmes sociaux et on se concentre sur l'ennemi. Non ! le monde n'est pas uniquement menacé par le fondamentalisme mais aussi par ce schéma "libéral" du monde qui, en lui-même, est porteur des causes des guerres de demain. La solidarité entre les classes qui émane de la destruction du WTC n'est qu'illusoire. Les riches actionnaires des firmes qui sont cotées au NASDAQ vont-ils demain remettre en cause le système qui les enrichit ? Au contraire, certains n'ont pas hésité à saisir l'occasion : profitant de l'émotion liée aux attentats, le patronat US parvient habilement à annoncer le licenciement sec de quelques dizaines de milliers de travailleurs des compagnies aériennes. Partout la protestation et la mobilisation à la suite des divers plans sociaux se trouvent reléguées au second plan dans les priorités politico-médiatiques de cette rentrée 2001.
Dans le même temps, voici déjà l'occasion pour nos si libres « démocraties » de restreindre les libertés, en particuliers celles des plus pauvres, des étrangers, et de ceux qui voudraient contester l’ordre établi. Restriction du droit de circulation, renforcement des contrôles, renforcement du pouvoir policier, instauration d'un climat de peur. Sous prétexte de terrorisme, l’Union Européenne de la répression (de Berlusconi à Jospin) se perfectionne, fliquant ceux et celles qu’elle prétend représenter.
Nous continuerons à combattre le régime américain, cœur et cerveau d’un capitalisme avide et liberticide et tous les régimes du monde où le capitalisme et la notion de profit ont remplacé l’homme et la femme au centre de nos sociétés. C’est pourquoi cette lutte, de Göteborg à Gênes – et Bruxelles en décembre prochain –, dans les entreprises et partout où ils nous exploitent,nous amène à nous confronter tant au FMI, au G8 qu’à l’Union européenne, ainsi qu’au patronat, faces différentes d’un même système.
En tant qu’internationalistes tous ceux et celles qui combattent aux États-Unis contre la dictature du marché sont et seront toujours nos camarades. Les frontières servent à faire la guerre et à diviser les travailleurs, pour nous elles ne comptent pas. Et nous continuerons également à combattre tous les intégrismes et à défendre ceux et celles qui en sont victimes, en Afghanistan, en France, ou ailleurs.
Nous continuerons à désobéir, à contester leur "ordre social" !
Leurs guerres ne seront pas les nôtres !
Pour nous, anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires, le combat à mener ne se situe pas sur un terrain moral, il ne s'agit pas d'une lutte entre le "bien" et le "mal", mais entre deux camps, celui des exploités et celui des exploiteurs. Bush et Ben Laden sont, tous les deux, dans ce dernier… Nous pas.